Une alternative : rencontre avec une éleveuse en mode traditionnel

Publié le 15 Novembre 2016

Une alternative : rencontre avec une éleveuse en mode traditionnel

Sur la commune de Senillé-Saint-Sauveur, on peut admirer de belles vaches à la robe rouge foncé qui broutent dans les prés. La jeune femme qui les élève et qui vend la viande - biologique - sur les marchés du coin s’appelle Béatrice Martin. Elle travaille  avec son mari  sur la ferme DANA.

- Bonjour Béatrice, voici un superbe troupeau, on se croirait en Auvergne ! Quelle est la race de tes vaches ?
Bonjour ! Ce sont des salers. Le berceau de production est dans le Cantal, mais il en existe partout dans le monde.

- Pourquoi avoir choisi cette race et quelles sont ses particularités ?
 Pour plusieurs raisons : sa rusticité, sa facilité de vêlage,  son comportement docile, sa production laitière pour nourrir les veaux le plus longtemps possible...   
Ce ne sont pas des bêtes de course, en termes de conformation demandée par l’agro-industrie, car leur génétique n’a pas pu développer la masse de viande. Par contre, ce sont des animaux qui se contentent facilement de l’herbe et d’un terrain escarpé. Les vaches valorisent bien leur nourriture et vont faire de la viande persillée, c’est-à-dire que les muscles vont se former tranquillement, avec des filets de gras à l’intérieur rendant la viande goûteuse.

- Quelle est la taille du cheptel ?
21 vaches et leurs veaux, 1 taureau et 3 génisses pour le renouvellement. Ce nombre est adapté à la capacité de la ferme à fournir son aliment. Nous n'élevons pas plus que ce que nous pouvons nourrir.

- Sont-elles  nourries  exclusivement à l’herbe ?
Elles sont nourries principalement avec de l'herbe fraîche au pré au printemps et à l'automne. En hiver, avec du foin et de l’enrubannage, ainsi qu’un complément de céréales produites sur la ferme.

- Combien de temps le veau reste-il avec sa mère ?
Entre 6 et 7 mois et demi,  pour les veaux vendus pour la viande et 10 mois pour les futures génisses, afin de développer  l'esprit maternel.

 

- Le fourrage est-il produit sur la ferme ?
Oui, en année normale, sauf cette année où l'excès d'eau en juin et la sécheresse depuis juillet nous amènent à compenser le manque de production d'herbe par l'achat de foin chez un agriculteur bio voisin.

- Passent- elles l’hiver à l’étable ?
En règle générale, nous  préférons voir les animaux dehors, mais parfois (selon la pluviométrie) nous devons les rentrer, pour éviter un piétinement des pâtures et pouvoir ainsi les sortir dès mars. Une parcelle au pied des bâtiments est sacrifiée pour permettre aux vaches qui doivent mettre bas d'être constamment dehors. En effet, les vêlages se passent beaucoup mieux et sans aide humaine quand cela se produit à l’extérieur.

- Pourquoi avoir choisi le mode d’élevage traditionnel en prairie, plutôt que la stabulation ?
Je pars du principe que des vaches mangent de l'herbe avant tout, et elles sont plus à leur aise dehors. Sans compter que lorsqu’elles sont en bâtiment, cela multiplie le temps de travail de l’éleveur : il faut faire des stocks importants de foin, donner de l’alimentation matin et soir, pailler, sortir le fumier, surveiller les diarrhées des veaux qui sont plus fréquentes, et aussi  les  infections pulmonaires, etc.

- Si, malgré tout, tes bêtes sont malades, comment les soignes-tu ?
Elles ne sont pas souvent malades, car je travaille sur le préventif, avec des cures de magnésium à chaque changement d'alimentation. En bâtiment, j'utilise des huiles essentielles que je dépose en différents endroits pour inhalation. Chaque animal, selon son besoin, va vers telle ou telle huile. Je dépose régulièrement dans la case à veaux de l'argile qu'ils consomment quand ils en ont envie. Cela évite les diarrhées et protège les parois intestinales des parasites. Pour des soins curatifs, je contacte un vétérinaire.

- Donc, tu n’as pas recours aux antibiotiques ?
Dans certaines situations où l’animal est en danger, sous avis du vétérinaire, je peux être amenée à donner des antibiotiques. Depuis 2014, cela m’est arrivé une seule fois, sur un animal blessé. Dans ce cas, il est isolé et la viande ne peut être vendue qu’après un  délai deux fois supérieur à la durée notifiée du produit antibiotique utilisé.

- Peux-tu nous expliquer ce que  signifie le « chargement » ?
C'est le nombre d'animaux ramené à la surface fourragère, soit chez moi 35 ha pour 27 animaux, c'est-à-dire un chargement de 1,3 UGB/ha.

- Quel est le circuit de la viande ?
Les veaux naissent sur la ferme,  ensuite je les emmène à l'abattoir de Montmorillon une demi-heure avant l'abattage. Je récupère la carcasse pour aller à Adriers, dans un atelier de découpe que nous avons construit avec d'autres éleveurs. Nous travaillons avec un boucher pour la découpe. La viande est mise sous vide et transportée en remorque réfrigérée à la ferme. Je la vends  sur les marchés de Saint-Sauveur et Targé, mais aussi dans un magasin de producteurs à Saint-Gervais.

- La production est labellisée Bio. Quel est le cahier des charges ?
Une liste importante de choses à ne pas faire ! On peut retenir néanmoins que la phase finale d’engraissement du cheptel bovin pour la production de viande peut se réaliser en bâtiment, mais ne peut excéder 1/5e de la vie d’élevage de l’animal, et en tout état de cause, un maximum de 3 mois consécutifs.
Pour être en agriculture biologique, il faut s’affilier à un organisme de contrôle (en l’occurrence pour nous « Qualité France ») qui réalise 2 à 3 contrôles par an, dont un  inopiné. Nous devons assurer le coût du contrôle qui s’élève sur notre ferme à plus de 800€.

- Est-ce que le projet de ferme-usine de Coussay-les-Bois t’inquiète ?
Oui,  sous plusieurs aspects :
> conception du métier : produire pour produire en considérant l'animal comme du minerai et soustraire à l'éleveur toute la fonction relation homme/animal.
> transformation des animaux : les animaux sont réduits à ingurgiter de l'aliment comme des monogastriques (porcs)  sans respect du métabolisme et de leurs conditions de vie.
> qualité de l'aliment : la viande provient d’animaux  à croissance rapide, destinés à être abattus, et elle est ensuite transportée hors de nos frontières.
> impact sur le marché : viande proposée à bas prix déstabilisant les revenus des paysans.

Propos recueillis par Claudine Dufour
Photos de Philippe Martin

 

Une alternative : rencontre avec une éleveuse en mode traditionnel

Rédigé par Association ASPECT

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